Que l’«autorité administrative indépendante» qu’est le CSA ait toujours “copiné” avec la majorité en place, l’affaire n’est pas neuve. D’aucuns ont hurlé au scandale politique lorsque, le 30 juillet, le CSA a refusé l’entrée de LCI sur la TNT: le Conseil ne faisait finalement que remplir son rôle de régulateur économique. Il y avait toutefois eu préalablement deux autres épisodes estivaux, moins médiatisés, et pourtant bien plus inquiétants.

Le 11 juillet, le CSA publie trois études « sur les stéréotypes féminins pouvant être véhiculés » dans les émissions de divertissement, dessins animés et séries télé – les femmes y seraient trop belles, douces et maternantes, trop associées à des métiers féminins… et trop fidèles. À l’origine de cette étude, on retrouve le projet de loi pour l’égalité hommes-femmes, qui confie au CSA « la mission de lutter contre les stéréotypes sexistes ». Le CSA s’empresse néanmoins de rassurer les réalisateurs :«Il ne s’agit en aucun cas(…) de limiter la liberté de creation des auteurs.» Avant d’être contredit par les propos du véritable metteur en scène de l’histoire, Mme Vallaud- Belkacem : « Il s’agira de donner au CSA des compétences pour contrôler que ce qui est diffusé ne représente pas une atteinte à l’image des femmes. Certaines contraintes peuvent être intégrées dans le cahier des charges au moment de la commande d’une fiction par exemple ».

Ami réalisateur, ne te mets donc pas en peine, on a dessiné pour toi le profil de ta future héroïne : elle sera soudeuse ou bûcheronne, laide à faire peur, abonnée chez Gleeden, et aussi douce que Marion dans Scènes de ménage. Cependant que la publicité continuera de nous exalter la femme- objet, fantasme de ces Messieurs, et de priver nos enfants de leur innocence en autorisant complaisamment des programmes violents ou obscènes, sans que le CSA ne s’en émeuve outre mesure…

Le 25 juillet, le CSA réprimande certaines chaînes de télé. Leur crime : avoir diffusé un message de sensibilisation sur la trisomie 21… durant la journée mondiale de la trisomie 21, alors que, selon le CSA, ce clip ne saurait être considéré comme « d’intérêt général » puisqu’il ne suscite pas une «adhésion spontanée et consensuelle» – comprenez : voir des personnes handicapées parler de ce dont elles sont capables renverrait insidieusement à la question de l’avortement. Par-delà ce prétexte juridique fort peu crédible, cette décision semble étrangement s’harmoniser avec la volonté du gouvernement de saper la loi Montchamps sur le handicap (2005), qui visait à permettre aux personnes handicapées d’acquérir la plus grande autonomie possible, à travers un meilleur accès à l’éducation et à l’emploi. Egalité pour tous ?

On se souvient de la circulaire Peillon : le ministre déclarait sans vergogne aucune que le gouvernement entendait « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités ». Il semble qu’après la jeunesse, l’audiovisuel soit le deuxième moyeu de la « réforme de civilisation » portée par un gouvernement d’idéologues qui, à défaut de faire face à la situation telle qu’elle est, entendent réformer l’homme tel qu’ils voudraient qu’il soit.