Retrouvez l’ITW  accordée par Laurence Trochu au magazine l’Incorrect, le 12 janvier 2021

Le “Manifeste du conservatisme”. Pouvez-vous nous présenter cette publication et ses objectifs ?


Avec cette publication, nous voulons faire comprendre que le conservatisme va bien au-delà de la caricature qu’on veut en faire en l’enfermant dans le champ du sociétal. Le conservatisme est une vision d’ensemble, un état d’esprit qui permet de traiter l’ensemble des sujets relatifs à la vie d’une nation. On veut donc montrer tout le champ politique déployé par le regard conservateur. Aujourd’hui, les frontières entre la droite et la gauche sont très floues, et c’est d’ailleurs le pari qu’avait fait Emmanuel Macron : il a redessiné le paysage politique en se déclarant lui-même progressiste. Si la droite veut être en mesure d’incarner une alternative, il faut que ce regard conservateur lui permette d’éclairer ses choix politiques pour répondre aux urgences que vit notre pays.


L’une des questions qui préoccupent le plus nos concitoyens concerne l’immigration massive et les problèmes d’intégration. Quelles mesures proposez-vous pour résoudre cette problématique ?


Cette question prioritaire comporte deux volets. Le premier axe, c’est la maîtrise de l’immigration qui exige la défense des frontières et le choix de ceux que nous accueillons. Plusieurs mesures vont dans ce sens : reprendre le contrôle de nos frontières lorsque l’intérêt de la nation l’exige, suspendre  le regroupement familial, supprimer le droit du sol, supprimer l’aide médical d’État et mettre en place une dispense de frais limitée aux urgences médicales. Il y a aussi l’abrogation de la circulaire Valls, qui avait donné aux préfets instruction d’augmenter le nombre de naturalisations.
Le second axe, c’est l’assimilation. Aujourd’hui, il y a un défi civilisationnel lié au fait que l’immigration est essentiellement – pas uniquement – de culture musulmane, et il faut pouvoir vérifier dans le pays d’origine la capacité à l’assimilation d’un candidat : proximité culturelle, maîtrise de la langue française, casier judiciaire vierge ou encore perception des relations hommes-femmes.


Vous proposez une politique familiale et éducative particulièrement poussée. Pouvez-vous nous en donner les grandes lignes ?


Pour l’éducation, deux choses reviennent fréquemment : d’abord que les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants ; ensuite qu’ils doivent disposer de la liberté de choix pour instruire leurs enfants. Aujourd’hui, le sujet revient sur la table puisqu’il y a une menace sur l’instruction à domicile.
Également, les idéologies n’ont pas leur place à l’école, qui doit être concentrée sur l’acquisition des savoirs fondamentaux et sur la transmission de l’amour de la France. Par idéologie, j’entends l’idéologie du genre qui empêche la construction de la personnalité, mais aussi toutes les idéologies socio-culturelles (enseignement des cultures d’origine, les repas de substitution, etc).  La politique éducative doit aussi
donner liberté aux établissements sur l’organisation de leur pédagogie et le choix de leur personnel en fonction du projet d’établissement.
Pour le volet familial, il y a une grande préoccupation sur l’aspect économique de la politique familiale en France. Les demandes formulées sont le rétablissement de l’universalité des allocations familiales sans conditions de ressources, le relèvement du plafond du quotient familial et la reconnaissance du choix de la femme. Il y a en effet des femmes qui choisissent de se consacrer à l’éducation de leurs enfants : pourquoi ne pas envisager un droit à la retraite au même titre que celles qui ont un emploi, de manière à leur offrir un véritable choix ? C’est d’autant plus important que l’on a vu durant l’année 2020 une tentative d’imposer à nouveau le congé parental selon des modalités qui seraient uniquement définies par l’État.


Sur le plan des institutions, en quoi le principe de subsidiarité est-il si fondamental, et ne choque-t-il pas la tradition centralisatrice française ?


Ce sujet revient très fréquemment : durant la crise sanitaire, les collectivités territoriales étaient bien plus au fait pour s’organiser chez elles en fonction des besoins directs de leur population. Je pense qu’il y a un grand retour vers plus de subsidiarité, qui est bloqué par ce centralisme jacobin toujours à l’oeuvre. Cette subsidiarité devrait pourtant trouver sa place dans une logique de décentralisation qui est l’une des grandes orientations des lois françaises depuis plusieurs dizaines d’années, et qui doit donner souplesse et agilité à l’État.
Malheureusement, sur ces questions, il y a marche arrière avec Emmanuel Macron. Actuellement, l’État peut parfois déléguer certains de ses pouvoirs aux collectivités ; en revanche il n’est pas à l’écoute de ce qui remonte du terrain. Il faut différencier la délégation de compétences de principe et la délégation de compétences d’attribution. Dans une logique de subsidiarité, il faudrait que la compétence de principe soit en bas.


Économiquement, la droite conservatrice semble tiraillée entre d’un côté le libéralisme économique et de l’autre le « torysme rouge », qui insiste sur l’importance de l’État, des services publics et de la question sociale. Quelle orientation prônez-vous et comment vous qualifieriez-vous ?


Notre principe est assez simple : là où l’initiative privée manque pour un besoin d’intérêt général, les services publics doivent prendre le relai au plus proche des Français. Les contributeurs ont su dire qu’il n’y avait pas pour autant de gratuité des services publics, notamment en matière de santé. C’est une illusion que de dire comme François Hollande « c’est pas cher, c’est l’État qui paye ». Tout service public a un coût.
Il y a une proposition très plébiscitée qui est d’envisager l’universalité de l’impôt sur le revenu en fonction des revenus de chacun, l’idée étant qu’à partir du moment où l’on bénéficie tous des services publics, chacun peut y contribuer à sa manière.
Je pense que le piège serait d’ouvrir à nouveau le débat libéral/illibéral ou postlibéral. Le thème central reste celui de la liberté. Pour autant, il y a sans cesse une interrogation sur les liens entre libéralisme et conservatisme. Aujourd’hui, on ne peut pas dire que la politique de Macron soit une politique libérale parce que ça présupposerait de donner plus de libertés aux entreprises. Une priorité est remontée : faire en sorte que l’État respecte la liberté d’entreprendre et de travailler. Aussi, en ce qui concerne la compétitivité, il y a une grande insistance sur la nécessité d’augmenter la durée de temps de travail en sortant des 35 heures pour permettre aux entreprises de fixer le temps de travail par le biais du dialogue social.
Existe aussi la question des cotisations, de la simplification des normes et de la fiscalité, et de la souveraineté économique, exemplifiée par cette crise avec l’absence d’entreprises qui produisent du doliprane. Les contributeurs ont enfin souligné qu’il y avait nécessité de conserver et de redévelopper tout un tissu de PME et d’entreprises industrielles, afin de pouvoir vivre partout en France, dans les grandes métropoles comme dans les petits villages.
Vous insistez par ailleurs sur l’importance de la question environnementale. Qu’est-ce qu’une politique écologique conservatrice, et en quoi diffère-t-elle de celle menée par les Verts ?


L’écologie est par définition un sujet conservateur. Les cinq verbes qui sont revenus très fréquemment sont recevoir, aimer, protéger, améliorer et transmettre. J’aime bien cette phrase de Saint-Exupéry : « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons aux générations futures ». C’est exactement l’état d’esprit du conservateur en écologie : une écologie réelle, qui tient le respect de la nature environnementale et de la nature de l’homme. Aujourd’hui, la particularité de l’approche écologique de la gauche, c’est le manque de cohérence. Il est fou de se dire que l’on va se préoccuper de la sauvegarde de certaines espèces végétales en condamnant la pratique des OGM, mais que les modifications génétiques de l’homme prévues dans la loi bioéthique bientôt discutée au Sénat ne posent aucun problème ! Lesconservateurs tiennent à ce que cette écologie soit complète et cohérente.


Quid de l’incarnation : en vue des prochaines élections présidentielles, y a-t-il un candidat qui soit en mesure de porter ces idées ?


À ce stade, on n’est pas dans la préoccupation de la personne. On veut faire entendre cette voix conservatrice pour inspirer un projet politique. La démarche présidentielle repose sur la rencontre entre un projet, un homme et les Français. Notre rôle est de montrer que le conservatisme n’est un gros mot, et qu’il faut en être fier comme le disait Roger Scruton.

Rémi Carlu

  • Lire l’article en ligne ( réservé abonnés)